Mali: La symbolique de la salutation en pays Bambara

  • Par Saidi Mamadou Ouedraogo
  • 06 Janv. 2020
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En Afrique de l’ouest, l’acte de salutation a une grande importance : saluer veut dire respecter l’autre. On ne dit pas bonjour en passant !


Pour des gens polis et bien élevés, on s’arrête pour attester son respect à celui que l’on salue. Cela permet de se renseigner, demander comment se porte la famille de l’interlocuteur et vice versa. Le déroulement ressemble à tout un rituel. Il en est un justement.
En règle générale en Afrique, c’est celui qui s’approche de vous qui salue en premier.
Le rituel prend une autre dimension chez les Bambaras. En effet, dans la culture Bambara, le rituel de la salutation renferme un sens parabolique. Voyons ensemble :

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-I ni sogoma (Bonjour).L’expression est composée de « sôgô » (débuter) et «  »(par quoi). Ce qui donne au sens littéral : par quoi débute ta journée ?
Contrairement aux langues occidentales, le bonjour en Bambara est sous forme interrogative, ce qui oblige une réponse de la part de l’interlocuteur. L’interlocuteur répondra :
-Erê sii la ?(équivalent de « comment vas-tu ? »). Littéralement : « as-tu passé la nuit en paix ? »). Cette question de l’interlocuteur sous-entend qu’il va bien lui-même. Nous remarquons que comme beaucoup d’autres langues africaines, en
Bambara, le salué minimise sa situation pour se préoccuper de celle du salueur.

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Le salueur à son tour répondra :
-M’baa (si c’est un homme) ou N’séé (s’il s’agit d’une femme), pour dire qu’il va bien ; avant que l’état de santé des membres de chaque famille soit évoqué de part et d’autre.

Nous allons particulièrement nous intéresser à cette réponse : « M’baa » et «N’séé » qui sont pleins de sens. En effet, dans la tradition bambara les hommes et les femmes ne répondent pas à certaine question de la même manière, car chacune de leurs réponses cache un sens symbolique.
Pour des salutations telles que «  i densé ! » (bienvenue !), « I ni bara ! » (bonboulot !), « I ni doumini » (bon appétit), etc, l’interlocuteur répondra en fonction deson sexe. Les hommes pour dire « Merci » répondront « M’baa » qui signifie littéralement « ma mère ».
Selon les explications de Seydina Cherif Ahmed, président de l’Institut des civilisations noires, cette réponse est une forme de gratitude et de louange envers les mères.

En effet, la mère porte l’enfant en son sein pendant neuf mois, sans rechigner. Car chacune peut se débarrasser de sa grossesse sans que personne ne sache son implication réelle mais, elle tient bon pour vous mettre au monde en bravant des souffrances atroces
et parfois même la mort. Après la naissance, elle s’occupera de son enfant jusqu’à ce qu’il soit capable de se prendre en charge.

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En Afrique noire, n’oublions pas que ce sont les femmes qui se battent pour l’éducation et le bien-être des familles. En repondant ainsi, les hommes sont reconnaissants à l’égard de leurs mères qui sont été leur porte d’entrée dans le monde.
Quant aux femmes, pour dire « Merci », elles répondront « N’séé »  qui signifie
littéralement « ma puissance ». Les femmes ici reconnaissent elles-mêmes leur puissance sur les hommes. Traditionnellement la femme est vue par les Bambaras comme la seule créature dans la matrice de laquelle Dieu lui-même se déplace pour modeler la vie. Il est aussi connu que la prière d’une mère à l’endroit de ses enfants est plus efficace que celle de n’importe quel autre individu. A contrario, sa malédiction est aussi désastreuse. Les Bambaras, même devenus majoritairement musulmans, se sentent confortés d’apprendre que selon le Prophète de l’Islam, « le Paradis de chacun se trouve au pied de sa mère ».

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