Le Djidji Ayokwè enfin de retour sur sa terre d'origine

  • Par Akina De Kouassi
  • 13 Mars 2026
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Après cent dix années d’exil forcé, le tambour parleur sacré du peuple atchan, le Djidji Ayokwè, a retrouvé ce vendredi 13 mars 2026 la terre de ses ancêtres.


Un retour chargé d’histoire

Confisqué en 1916 pendant la période coloniale, le Djidji Ayokwè avait été transféré en France où il était conservé au Musée du Quai Branly Jacques Chirac. Le 12 mars 2026, il a quitté ce musée dans une caisse spécialement conçue pour son transport, entamant un voyage hautement symbolique vers Abidjan.

Aujourd'hui 13 mars 2026, le tambour a été officiellement accueilli sur l’esplanade du salon d’honneur de l’Aéroport international Félix Houphouët?Boigny, à Port-Bouët. 

La cérémonie solennelle qui a été organisée à cet honneur, s’est tenue en présence de la ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, de l’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, Jean?Christophe Belliard, ainsi que de chefs des villages atchan et d’acteurs du monde culturel.

Un rituel d’installation dirigé par un dignitaire de la chefferie atchan et une danse guerrière venue du village d’Anoumabo ont marqué ce moment historique, reliant symboliquement le tambour à la terre et aux ancêtres dont il porte la voix.

Un moment de justice et de mémoire

Visiblement émue, la ministre Françoise Remarck a qualifié cette journée d’« historique », soulignant la portée mémorielle et politique de cette restitution.

Selon elle, ce retour constitue « un moment de justice et de mémoire », fruit de la coopération diplomatique entre le président ivoirien Alassane Ouattara et son homologue français Emmanuel Macron.

Cette restitution marque ainsi une étape importante dans le processus international de retour des biens culturels africains emportés pendant la colonisation et conservés pendant des décennies dans des musées européens.

La voix des ancêtres retrouvée

Imposant et chargé de symbolisme, le Djidji Ayokwè mesure près de 3,2 mètres et pèse plus de 400 kilogrammes. Chez les Atchan, peuple autochtone de la région d’Abidjan, ce tambour parleur servait à transmettre des messages à distance, annoncer des événements majeurs, mobiliser les communautés ou alerter en cas de danger.

Mais au-delà de sa fonction de communication, il incarne l’autorité spirituelle et politique traditionnelle. Son usage était strictement réservé à des initiés capables d’en interpréter les rythmes codifiés, véritables phrases musicales reproduisant les intonations de la langue.

Vers son installation définitive

Conformément au protocole établi entre le musée parisien et le Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire, le tambour sera d’abord placé dans un espace sécurisé afin de s’acclimater aux conditions climatiques locales.

À l’issue de cette phase, il sera officiellement présenté au public avant son installation définitive dans ce musée, où il deviendra l’un des symboles majeurs du patrimoine culturel ivoirien.

Le premier d'une longue liste

Le Djidji Ayokwè est le premier objet à revenir parmi les 148 œuvres culturelles ivoiriennes identifiées comme ayant été déportées en France durant la période coloniale. Son retour ouvre ainsi une nouvelle page dans la revalorisation du patrimoine africain.

Pour de nombreux observateurs, cet événement dépasse la simple restitution matérielle, car il représente la reconquête d’une mémoire longtemps fragmentée.

 

Akina Dekouassi

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