LE VOHOU-VOHOU : UNE PHILOSOPHIE ARTISTIQUE QUI RAMENE DE LA MORT A LA VIE…

  • Par Akina De Kouassi
  • 04 Mars 2021
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L’esthétique du mouvement Vohou-Vohou est une expression des arts plastiques du doyen DOSSO Sekou. Une gloire qui aura marqué l’école des beaux-arts en son temps. Mais en fait, c’est quoi le Vohou-Vohou ?


La sémantique Vohou-Vohou qui exprime aujourd’hui le beau, l’élégance et la prestance dans le langage des arts plastiques de Côte d’Ivoire, est à l’origine une infamie. Cette expression tire en effet ses origines des vocables locaux suivants : Evon-Evon, Bôgô-dêguê, Vow-vow qui expriment dans leur ensemble, la négation, le dégoût.

Lorsque les condisciples de maître Dosso, alors pensionnaires de  l’institut des Beaux-Arts d’Abidjan ironisaient en qualifiant ses créations artistiques de « Vow Vow », ils étaient très loin de s’imaginer qu’ils lui donnaient ainsi une marque spécifique.

C’est à juste titre que Monsieur Youssouf KONE, Inspecteur Général de l’Education Nationale,  a prêté sa plume pour préfacer l’œuvre littéraire de Maître Dosso Sékou intitulée L’Esthétique du mouvement Vohou-Vohou : « En effet, lorsque le maître Dosso Sékou a délibérément choisi de s’affranchir des sentiers battus, pour imprimer sa marque personnelle sur les cours académiques qu’il recevait de ses maîtres, ses détracteurs ont vite fait de prendre cela pour une insuffisance ou une carence dans son aptitude à assimiler et à maitriser les connaissances classiques. Dès lors, il sera confronté aux quolibets de ses condisciples qui rivaliseront d’imagination à trouver le nom le plus original ou, pour être plus précis, le plus infamant à attribuer à sa surprenante esthétique… »

Et pourtant, les enseignants, tous des expatriés français qui avaient la charge d’encadrer les élèves des beaux-arts étaient fascinés par la créativité de l’élève Dosso Sékou qui disaient-ils, avait une longueur d’avance sur les exigences de ce début du XXIe siècle qui met un point d’honneur sur la protection de l’environnement avec la politique du recyclage des déchets issus de la société de consommation.

Voici ce à quoi se résume la philosophie du Vohou-Vohou : la renaissance, la réhabilitation, la réinsertion avec tout le lexique qui accompagne. 

 Le philosophe du Vohou-Vohou, Maître Dosso Sékou n’a jamais voulu être le répétiteur de la pensée d’autrui, aussi grand fut-il. Il a toujours été guidé par sa vision et son interprétation du monde tel qu’il le voit et l’entend.

Il trouve d’ailleurs les humains très ingrats et égoïstes vis-à-vis de tout ce qui les environne. A titre d’exemple, il nous confie l’anecdote suivante que nous avons recueillie récemment en son atelier sis au sein du lycée scientifique de Yamoussoukro :

« Pendant une réception qui donne lieu à une partie de rafraichissement, les Hommes consomment la boisson qui se trouvent dans des bouteilles. Mais avant, ils enlèvent la capsule et la jettent.  Après les festivités, les services traiteurs récupèrent les bouteilles vides, les rangent, tout en prenant le soin de balayer et de jeter les capsules. Quelle ingratitude vis-à-vis de ces pauvres capsules. N’eut-été leur présence, la boisson se serait renversée, des ordures se seraient déposées dans la boisson. Mais, voici le sort qui leur est réservé après tant de service. Or moi, je les récupère pour les réhabiliter dans de hauts lieux de créativité. Là où parfois, ceux qui les ont rejetées ne peuvent pas s’imaginer être jusqu’au soir de leurs jours. Mais qu’à cela ne tienne, il y a un travail qui est fait. Un travail de recyclage et d’esthétique. »

Maître Dosso Sékou sillonne, pour ce faire, les décharges d’ordure, entre les immondices, à la recherche d’éléments abandonnés livrés au même sort que les capsules après consommation de la boisson. Il les récupère et se sert d’eux pour ses travaux artistiques. Le produit fini qu’il présente par la suite est extraordinaire et exposé dans des lieux splendides où l’on ignore la provenance des éléments utilisés. Cette philosophie répond parfaitement à la maxime de Lavoisier : «Rien ne se perdrien ne se créetout se transforme».

C’est justement pourquoi, l’atelier de Maître Dosso Sékou est digne d’un dépotoir qui regroupe des peaux d’animaux, des capsules, des débris de nids d’oiseaux, etc.

De même, dans cet atelier, de magnifiques tableaux, œuvres du maître Dosso Sékou, y sont exposés. Chaque tableau avec une thématique particulière, symbolisant par moment, l’espoir, la lumière, la force, la sagesse.

Mais, ce qui nous aura agréablement surpris, c’est que ces tableaux réalisés à travers les objets résiduels et autres déchets recyclés ont gardé leur originalité, leur splendeur malgré le temps. Car, nous avons pu voir en cette année 2021, des tableaux peints en 1971 qui ont résisté au temps.

Maître Dosso Sékou explique que cette résistance est due à l’entretien et à la qualité des matériaux. Parce que, l’une des particularités de maître Dosso est de substituer les matériaux de l’occident aux matériaux locaux dans la réalisation de ses œuvres.

Il explique par ailleurs que c’est tout cet ensemble qui donne le Vohou-Vohou, la transformation de la laideur en beauté, du dégoût à l’extase. En un mot, le Vohou-Vohou peut être considérée comme la philosophie esthétique qui met à la lumière les choses des ténèbres.

Le créateur du Vohou-Vohou, un vrai talent reconnu par ses formateurs et une valeur à présenter aux jeunes générations en quête de modèles !

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