HERITAGE CHEZ LES AKAN : ENTRE TRADITION ET LOI MODERNE.
- Par Akina De Kouassi
- 30 Août 2025
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Chez les peuples Akan de Côte d’Ivoire (Baoulé, Agni, Attié, etc.), la mort ne marque pas seulement la fin d’une vie. Elle ouvre une nouvelle étape, celle du partage de l’héritage.
Mais cet héritage n’est pas seulement une question de biens matériels. Il touche aussi à l’identité, à la famille et au respect des ancêtres. Aujourd’hui, deux systèmes se côtoient. Le système des règles traditionnelles et le système de la loi ivoirienne.
La tradition : l’héritage passe par la mère
Dans la culture Akan, c’est la lignée maternelle qui prime. On dit que « l’enfant appartient au clan de sa mère ». Cela signifie que, quand un homme meurt, ses biens traditionnels (terres de l’ancêtre, maison familiale, objets symboliques) ne vont pas directement à ses enfants, mais plutôt à ses frères et sœurs de même mère, ou à ses neveux (les enfants de ses sœurs de même mère).
"Ce système n’avait pas pour but de priver les enfants biologiques, mais de protéger le patrimoine du clan. Ce qui appartient aux ancêtres doit rester dans la famille maternelle", nous indique Yao Joachim, notable à la chefferie de N’guattakro, village de planteurs baoulé dans le département de Bouaflé.
Deux types de biens : ceux des ancêtres et ceux acquis
Dans la pratique, les Akan distinguent deux sortes de biens. Les biens des ancêtres, c’est-à-dire les terres, la maison de cour, les objets de chefferie. Ces biens reviennent toujours au clan maternel.
Les biens acquis par le défunt (commerce, plantations, argent, etc.) Ceux-ci peuvent être partagés entre les enfants et la veuve.
C’est là que naissent souvent les arrangements, pour ne pas léser les enfants ni la femme du défunt.
La loi ivoirienne de 2019 protège la veuve et les enfants
Depuis 2019, une nouvelle loi ivoirienne encadre les successions. Elle donne des droits clairs aux enfants et au conjoint survivant.
Au regard de cette loi, les enfants héritent en premier. Le conjoint survivant (la veuve ou le veuf) est reconnu comme héritier à part entière.
S’il n’y a pas d’enfants, la succession se partage entre le conjoint et les parents proches du défunt. Autrement dit, contrairement à la coutume, la loi place les enfants et le conjoint au centre du partage.
Dans la vie réelle, un mélange des deux systèmes s’impose.
Sur le terrain, les familles essaient souvent de concilier tradition et loi.
Les biens « ancestraux » restent dans le clan maternel.
Les biens « personnels » du défunt sont partagés entre sa femme et ses enfants comme la loi le prévoit.
Cela évite les conflits ouverts, mais les disputes restent fréquentes, surtout autour des terres et de la maison familiale.
Les cas particuliers : chefferies et maisons d’ancêtres
Il existe un domaine où la coutume reste intouchable : la chefferie. Les sièges de chefferie et les symboles de pouvoir se transmettent toujours par la lignée maternelle. Cela ne relève pas du Code civil mais de la tradition et du sacré.
De plus en plus, certaines personnes choisissent de faire un testament. Cela permet de préciser qui héritera de quoi et d’éviter des conflits entre coutume et loi. Le testament est reconnu par la justice et sécurise les enfants comme le conjoint.
Akina Dekouassi



