Exposition : Le kiosque de Ramata ou la poésie de l'art sans filtre

  • Par Saidi Mamadou Ouedraogo
  • 15 Août 2025
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Intitulée "Le kiosque de Ramata, une tentative de restauration", cette installation immersive éphémère a illuminé la commune de Treichville le lundi 11 août 2025. Elle présente une scène banale en apparence pour ses habitants mais, pleine de symboles


Portée par l'artiste performeuse Ramata Coulibaly et pilotée par l'artiste pluridisciplinaire Lafalaise Dion, cette installation est née d'une envie nocturne qui a accouché d'une conversation mineure sur des envies de dégustation de spaghetti façon '' Diallo'', connu de tous les ivoiriens. De ces échanges nait une véritable alchimie créatrice qui va converger au cœur de la cité Nzassa : Treichville, premier quartier de la ville d'Abidjan. Lieu de genèse de la vie culturelle, artistique et commerciale de la ville.

Affairée dans son box, Ramata Coulibaly divinement habillée dans un sublime ensemble pagne, avec son foulard attaché selon le style vestimentaire des femmes Peul (peut être un clin d'œil aux vendeurs de spaghetti d'origine Peul pour la plupart) s'active sur ses casseroles. Du spaghetti, du rognon, des oignons, de la tomate, de l'huile, du piment. Rien ne manque dans le kiosque de Ramata. Elle découpe, mélange, goûte et sert les nombreux clients (spectateurs) qui la regardent curieusement sans savoir ce qu'elle fait vraiment là. 

Pour beaucoup c'est une nouvelle entrepreneuse dans la restauration dont ils viendront essayer les plats.
Mais Ramata est là dans son kiosque maculé de boue qui rappel l'élément de la genèse de l'humain pour nourrir les âmes par l'intermédiaire de leurs palets.


Chaque geste, chaque regard, chaque fumée, chaque vapeur, chaque brûlure est une prière, un appel, une interpellation. 

Cette performance est à la croisée harmonieuse des cultures. Un hommage au brassage culturel porté par les Peul essentiellement venus de la Guinée Conakry qui ont tropicalisés à leur sauce le célèbre spaghetti italien, allant jusqu'à le positionner parmi les plats les plus prisés des ivoiriens.

Une installation qui hurle, qui interpelle, qui interroge, et qui supplie l'ensemble des spectateurs, dans sa combinaison d'humilité, Ramata ouvre son cœur humaniste pour satisfaire aux besoins gustativo-spirituels de tous les passants qui ont la chance de croiser ce carrefour de bonne fortune. Un geste d'amour ressenti et partagé par les enfants venus nombreux voir et goûter à '' l'art de la cuisine '' confectionné et donné avec le cœur selon leurs propres mots . 

Cette installation nous interpelle sur notre propre perception de l'art. La présence de l'art dans tous les aspects de notre quotidien. Elle nous rappelle qu'en Afrique tout est art et que tout dépend du regard qu'on y appose. 

''Tout ce qui est fait avec intention est art'', comme l'explique Lafalaise Dion, Commissaire de l'installation.

Laquelle installation nous présente une œuvre d'art vivante, au naturel, sans superflu, sans mystère, sans gris-gris ni charlatanisme, sans décodeur. Elle est là, nue, sans ambage, sans explication, sans interprétation ni spéculation élitiste. Une œuvre qui se suffit à elle même. C'est d'ailleurs pour cela qu'elle est art, libre et ouverte à tous les esprits qui se posent sur elle. 

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