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Burkina: ''burkinabé rising''/ la culture au secours de la démocratie...

A l’occasion du festival Ciné Droit Libre 2017, tenu à Abidjan à la mi-Novembre, Iara LEE, activiste, réalisatrice, fondatrice et directrice du mouvement ‘’Cultures de Résistance’’ a présenté en grande première son dernier film documentaire, ‘’Burkinabe Rising’’ qui met en lumière l’impact de la culture dans l’aboutissement de l’insurrection populaire survenue au Burkina Faso il y a trois ans.

En effet, les 30 et 31 octobre 2014 sont des dates qui resteront marquées dans l’histoire du Burkina Faso. Ce petit pays de l’Afrique de l’Ouest, avec une population d’environ 19 millions d’habitants, a une fois de plus pu donner une leçon à tous les autres pays du monde. Ainsi, malgré plusieurs sommations qui ont débuté le 18 Janvier 2014 en vue de dissuader le président Blaise Compaoré de modifier l’article 37 pour se maintenir au pouvoir après 27 ans passés aux affaires, celui-ci n’a pas voulu entendre raison. C’est alors que, comme un seul Homme, les habitants du pays des Hommes intègres se sont levés les 30 et 31 octobre 2014 pour dire non à Blaise Compaoré avant de l’obliger à quitter le pouvoir. L’heure du grand ménage avait sonné pour le vieux régime qui, de surcroit, était vu comme le bourreau du fils chéri de la nation : le Capitaine Thomas Isidore Sankara. Cette belle leçon de courage ainsi que toutes ses moralités ont été immortalisées par la réalisatrice Brésilienne d’origine Coréenne Iara Lee dans un film documentaire intitulé ‘’Burkinabè Rising’’.

Un film de 2 heures 27 minutes qui retrace sous toutes les facettes, l’insurrection populaire d’octobre 2014 au Burkina Faso. Cette production de grande qualité montre notamment l’implication de toutes les couches de la société Burkinabé sans distinction dans la réussite de ce soulèvement synchronisé. Un accent plus particulier est mis sur l’impact de la culture dans l’aboutissement de cette révolution non-violente. Danseurs, rappeurs, slameurs, peintres, comédiens, musiciens, journalistes et bloggeurs ont peu à peu créé un climat favorable à ce soulèvement à travers leurs créations et contenus. Tous autour du mouvement ‘’Balai Citoyen’’, créé et dirigé en majorité par des jeunes du monde l’art et de la culture. Des jeunes hommes et femmes qui se sont imprégnés des idéaux de liberté de leur idole Thomas Sankara, qui a repris vie dans les esprits de la jeunesse Burkinabé. Sans oublier le poids de la tradition qui a pesé lourd dans la balance de la résistance.

Car les éléments cités plus haut, à savoir le balai qui sert à débarrasser la maison de l’insalubrité et la spatule qui est l’instrument de cuisine utilisé pour concocter le ‘to’, plat principal de la large majorité des ethnies du pays ne sont plus vus comme de simples objets, dès lors qu’ils sortent de leur refuge habituel, la maison, pour être brandis comme armes de défense. Ils représentent en ce moment des symboles traditionnels très forts. Le balai symbolise la propreté mais aussi la force de l’union (comme le démontre le slogan du mouvement Balai Citoyen : ‘Notre nombre est notre force’). La spatule (tenue en très grande majorité par des femmes) symbolise la force de la femme, celle-là qui nourrit tous les Hommes à la sueur de son front, souvent au péril de sa santé. Le présenter à un homme est une menace du plus haut niveau, coutumièrement parlant. Car dans la plupart des coutumes africaines, si l’on vous donne un coup avec l’un de ces deux objets, vous risquez l’infertilité à vie. Une coutume qui n’est pas ignorée par les militaires burkinabés. 

Voilà comment les 60 ethnies que compose le pays sont arrivées à mettre fin  à l’ère Blaise Compaoré en se réunissant comme les tiges d’un balai, mettant de côté leurs différends en faveur de leurs intérêts communs, leur fierté, leur amour inconditionnel pour la patrie, avec pour seules armes le poids de la tradition et la voix des cœurs.

Ouedraogo Saidi Mamadou

 

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