Deuil : La presse culturelle perd l’une de ses plus belles plumes

  • Par Akina De kouassi
  • 03 Sept. 2020
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Schadé Adédé, sociétaire du quotidien « Notre Voie » a rangé à jamais sa plume et son encrier ce mercredi 02 septembre 2020 à l’hôpital de Bingerville, des suites d’une longue maladie qui a fini par avoir raison de lui.


De ma très jeune et insignifiante carrière de journaliste, je suis amené à faire le plus difficile exercice en ce jour sombre du 02 septembre 2020, qui couvre de son sinistre manteau la presse culturelle nationale. J’aurais voulu rédiger n’importe quel article, sur n’importe quel évènement ce jour. Mais jamais je ne me suis imaginé à faire une page noire qui porte ton nom.

Je vais donc outrepasser les règles rédactionnelles conventionnelles, pour  t’adresser cette dernière lettre, à titre posthume. J’espère que mon directeur de publication me le permettra, lui qui a un intérêt profond, qui tire ses sources des entrailles de l’origine du monde, de la chose culturelle et de ses animateurs dont tu fus un illustre.  

La joie du bambin aux caprices insupportables que toi seul pouvais canaliser, bouillonnait en moi lorsqu’on devrait embarquer du palais de la culture de Treichville, pour Boundiali où se tenait le Djéguélé Festival. Ineffable aujourd’hui est devenu mon visage qui rayonnait de gaieté  à ta vue. Parce que ta présence était un bouclier considérablement solide qui me garantissait une sérénité inouïe.

 « Je ne peux pas faillir tant que le doyen Shadé sera là ». Telle était ma devise. Et, tel le croyant qui s’allie au mystère de la foi, je ne pouvais douter de cette assurance. Toi non plus, tu ne m’as jamais fait mentir de ma foi. Car tel tu étais, tu l’es resté jusqu’à ton dernier soupir, après avoir lutté avec le mal de gorge qui t’a conduit contre ton gré dans l’établissement hospitalier de Bingerville.

Tu étais un homme intègre qui ne fait plaisir qu’au bon sens, n’en déplaise à l’hypocrisie, à la duperie, au mensonge et au pharisaïsme qui n’ont jamais su faire bon ménage avec toi. Certains confrères t’appelaient « L’anticonformiste ». Je ne pense pas que ce soit pour le fait qu’ils t’identifient à « Meursault », ce sinistre personnage d’Albert Camus dans « L’étranger ». Mais, je crois que c’est parce que tu étais toujours indifférent des honneurs et éloges que l’on t’adressait  après avoir fait et surtout très bien fait ce qu’il était de ton devoir de faire.

Je crois donc qu’en t’appelant ainsi, c’était une manière à eux de te dire qu’ils auraient voulu être à ton image, un privilège que dame nature n’accorde pas à tout le monde.

A Boundiali, nos chambres d’hôtel s’avoisinaient. Je profitais là encore de ce privilège du hasard pour étudier à ton école. L’école de l’humilité, du respect des ainés, du travail fait et surtout bien fait avant le loisir. L’école de la promptitude. Sur ce dernier point, tu étais très exigent. Et là je te comprenais : comme ton état physique détérioré par la maladie ne te permettait plus d’être véloce, tu as opté pour l’anticipation.

« Petit, dès que tu reviens d’un reportage, commence à rédiger ton article au moment où tout est encore frais dans ta mémoire. Et une fois débarrassé de ce travail, tu pourras répondre à d’autres travaux dans le temps et dans l’espace ». « On reprend à 14h au foyer des jeunes ; puisqu’on revient du réfectoire, prends ton bain avant de te reposer. Comme ça, si le temps arrive, tu te serais déjà acquitté de cette contrainte » . « Qu’est-ce que tu es allé chercher avec ce groupe ? Fais beaucoup attention à toi, tu ne sais pas l’intention de chacun ! ».

A l’annonce de ta mort, toutes ces paroles de bonne conduite dont tu me gavais me reviennent en esprit. C’était lors de nos séjours à Boundiali, à la couverture du festival des Balafons, avec KONE Dodo. Tu voulais faire de moi un homme responsable et intègre, un journaliste accompli et averti à ton image. Pour ce faire, tu ne manquais pas d’occasion pour me donner des formations techniques et pratiques, même sur les choses les plus élémentaires que je croyais connaître.  Obnubilé par la joie des plaisirs chimériques, je trouvais tout ceci contraignant, ou même harassant.

Mais, comme je le disais plus haut, tu savais me canaliser. Aujourd’hui que tu pars, j’ai pleinement conscience du vide que tu laisses. Toute l’équipe de reportage du Djéguélé Festival est consciente qu’un doyen s’en est allé, laissant une place inoccupée. KONE DODO te pleure, Touré du service communication du palais de la culture te pleure, ton petit Emmanuel Djidja te pleure, Ouattara Vamori de radio Côte d’Ivoire te pleure. Ton petit De Kouassi est inconsolable.

Repose en paix, Maître.

 

 

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