Culture / Et Si On En Parlait : MISS CÔTE D'IVOIRE, OUI MAIS ...

  • Par Almamy Facine Sylla
  • 04 Juil. 2023
  • 1291 vues

La répétition étant pédagogique et par ailleurs, nous savons que certaines âmes sont très enclines à ne pas percuter le bien-fondé des problématiques qui nous sont chères, accordez-nous de revenir sur le sujet de Miss Côte d'Ivoire édition 2023.


    Originaire de l'Ouest montagneux, notre nouvelle Miss, Mylène Djihony, perchée sur son mètre 75 et investie de la jeunesse de ses 25 ans, est incontestablement une belle femme, pleine d'élégance et, semble-t-il aussi, une tête bien faite, du moins si l'on en juge selon sa prestation scénique, ce qui en soi n'est pas fait pour déplaire. Il n'est donc que justice de le lui reconnaître en toute sincérité et en totale impartialité. Cette "corona triumphalis" posée sur son chef royal adoubé, symbole de gloire et de beauté, ainsi que le titre de "plus belle femme ivoirienne pour l'année 2023" lui sied à ravir, du moins pour autant que l'on prenne en considération les critères nouveaux de ce concours pourtant censé représenter des femmes africaines. 

     Ce point ultime, si capital dans la réflexion, nous conduit directement à une interrogation toute aussi essentielle : Où diantre sont donc passées nos sœurs aux beautés naturelles si typiques des traits et caractères africains, celles-là qui refusent de baigner dans les artifices et les extravagances d'une société moderne prétendument apurée des valeurs jugées obsolètes ou passéistes, aseptisée même parfois de l'on ne sait trop quoi ?

       Nous n'avons, en cette soirée de couronnement, eu droit qu'à un défilé de cheveux gominés, de mèches étalées telles des lianes lissées, enchevêtrées à ne savoir qu'en faire, kilométriques à souhait qui, cheminant tout le long du corps, s'ébattaient jusqu'à se répandre vers ce précis endroit où le dos change de nom. Devrons-nous évoquer ces cils disgracieux et ces ongles, tous aussi longs et feints que factices et atypiques ? Rien moins qu'un parterre de perruques brésilio-péruviano-indiennes si graisseuses et lustrées qu'on leur devine une douteuse provenance, toutes mal collées pour la plupart. 

      En fin de soirée, tout ceci laisse aux spectateurs soucieux d'une esthétique consciente et intelligente, un goût amer d'insatisfaction et un profond sentiment que sont bien loin les chemins qui mènent à une véritable conscience continentale, à une conscience nègre. 

      Les rares d'entre ces jeunes concurrentes qui avaient osé, outrecuidance suprême, porter leur naturel africain en affichant des cheveux courts notamment, n'ont même pas été autorisées à franchir le seuil de la première sélection. Éliminées dès l'entame, comme pour bien faire passer le message que jamais ne serait payante cette forme d'audace, sans doute jugée outrageante. La femme ivoirienne est pourtant, de tout le continent, reconnue pour être d'une beauté princière et d'une classe jusqu'alors inégalée. Que se passe-t-il donc ?

      N'est-il pas dangereux pour le futur, pour nos filles, pour l’image véhiculée de la femme africaine, d'ainsi travestir les critères de beauté, de déformer et de falsifier le morphotype de toute une nation, de tout un continent ?

       Entendons-nous bien cependant ; loin de nous l'idée de nous en prendre à celles de nos sœurs qui dans nos rues et foyers, par mimétisme ou par choix, s'emparent de ces attributs factices, point n'est ici notre objet. Bien au contraire, jamais nous n'oserons nous mêler de choses qui relèvent d'appréciations individuelles. Qu'en revanche cette pratique ou habitude esthétique soit ainsi institutionnalisée et instaurée en symbole référentiel nous semble assez inquiétant, au moins autant que la dépigmentation, cette prémisse de ce que Frantz Fanon dans "Peaux noires, masques blancs", qualifiait déjà en son temps de phénomène de "lactification de la race".

       Dans l'attente qu'il ne soit pas trop tard pour apporter des réponses idoines à ce phénomène de "dépersonnalisation progressive" subtilement et subrepticement instillé dans l'inconscient collectif, nous attendons, non sans une certaine appréhension, la prochaine édition de ce concours de beauté si prisé de nos sœurs, non sans la satisfaction, sans doute prématurée, sinon d'avoir initié la conversation sur le sujet, d'y avoir tout au moins participé.

       À Mylène Djihony, la nouvelle Miss Côte d'Ivoire 2023, nous souhaitons un règne construit autour d'honorables et décentes propositions, lesquelles sauront la propulser, nous l'espérons, au firmament des grandes égéries et des mémorables reines de beauté du continent.

Découvrez en images ...

Image

Articles connexes